mercredi 24 janvier 2018

APPRENDRE A VIVRE AVEC LE REGARD DE LA DIFFÉRENCE

BONJOUR, BONJOUR !


J'espère que vous allez bien ? Si je vous retrouve aujourd'hui, c'est parce que j'avais envie de vous écrire un peu. Afin de vous partager quelques points sur ma vie actuelle. Car en quelques années j'ai compris beaucoup de choses sur mon propre moi et sur l'humain en tout genre. 

Mes parents et ma famille ne m'attendaient pas si tôt c'est une certitude, je suis née en avance (5 mois et demi) parce que je voulais trop vivre et c'est certainement pour cela que je déteste être en retard. Toute jeune, j'ai compris que j'étais différente et que la normalité ce n'était pas pour moi. Mais qu'on pouvait se convaincre de vivre dans une certaine normalité tout en se considérant différente. Et je préfère être ce genre de personne... Je préfère la différence parce que avec elle j'ai cette chance de ne ressembler a personne d'autre qu'à moi-même. J'ai conscience que cette différence peut faire peur et que je suis obligée d'y faire avec

En étant fixée sur des roulettes depuis mon plus jeune âge j'en ai vu des regards et eu des réflexions improbables. J'ai appris à les voir et les entendre, j'ai appris à y répondre. Je me souviens d'une caissière qui disait à ma mère "c'est dommage qu'elle soit handicapée parce qu'elle est jolie" et je me souviens de ma réponse qui disait "si en plus d'être handicapée, je devrais être obligatoirement moche, je ne serais vraiment pas aidée par la nature". Et ceci n'est qu'une anecdote. Enfant, tout cela me touchais en plein cœur, car enfant, moi Anaïs, 9 ans, je ne me sentais pas différente, c'est le regard des gens qui me l'a fait ressentir, quand on me regardait de la tête au pied en rentrant dans un bus ou bien quand on faisait semblant de me faire croire que j'étais invisible en m'évitant du regard. Ce genre de choses est marquant pour une enfant ! 

Mon parcours scolaire est rythmé, jusqu'à l'âge de mes 13 ans il ne me semble pas que j'en ai souffert du moins j'en ai pas le souvenir. Mon entrée dans un lycée à La Rochelle a retourné la situation. Moi qui pensais que avec l'âge on évolue et bien je m'étais trompée. Je me souviens que quand j'y allais peu de lycéens m'aidaient à m'ouvrir les portes pour rentrer dans l'établissement. J'étais dans une classe où nous étions 30 filles, toutes rongées par les syndromes de l'adolescence. Je voulais être concentrée dans mes cours mais je ne le pouvais plus parce qu'il était rythmé par un bavardage sans cesse de mes camarades. Un bruit sans fin qui donne des maux de tête en fin de journée. J'avais une aide de vie scolaire que n'a fait que m'aider à ne pas m'intégrer dans l'établissement, je me souviens qu'elle rapportait tout sur les élèves au professeur, bonjour l'intégration ! Pendant les pauses ou les repas certaines filles restaient avec moi pour rester avec moi vous voyez. Et d'autres s'amusaient à me surnommer "tiens voilà l'handicapée" comme si moi je n'avais pas le droit d'être appelée par mon prénom. Je ne mets pas tout le monde dans le même sac mais bon je me comprends. C'est simple dans ce lycée j'avais l'impression d'être un poids lourd pour les autres et si vous saviez à quel point cette situation est épuisante à vivre. Pour la première fois de ma vie j'ai senti ma différence me pesait. Je me sentais de trop et quand j'ai voulu l'expliquer aux professeurs ceux-ci m'ont répondu "Anaïs il faut les comprendre tes camarades sont fatigués" et après on vous dira que les profs sont là pour vous aider ! Face à ça je me sentais mal, épuisée avec l'accord de ma mère j'ai décidé de me retirer du système scolaire pour faire des cours par correspondance. Je ne regrette cette décision pour rien au monde !

Puis soyons honnête l'année suivante, je devais me faire opérer de la colonne vertébrale, je suis restée plus de trois mois à l'hôpital et une année à souffrir donc vraiment je n'aurais pas pu passer l'année du bac et c'est pas bien grave, j'ai mon Bep secrétariat et c'est déjà mieux que rien. Après tout cela j'ai quitté La Rochelle pour Toulouse ma ville natale où je vis tellement mieux aujourd'hui !

Ici, je peux prendre le bus, le métro, aller en ville faire les boutiques toute seule sans que je ne dérange personne. Depuis, je ne sens plus mon handicap comme une différence car changer d'endroit m'a permit de me libérer et d'accepter pleinement celle que je suis aujourd'hui. Bien sûr, il y a toujours les regards, je l'ai sens et ils ne me dérangent plus, ils dérangent plutôt mes proches à présent mais je pense qu'avec encore du temps il arriveront à se libérer de tout cela. On me regarde, on ne me regarde pas, on me trouve jolie ou pas je m'en contrefous. Avec du temps j'ai appris à ne plus vivre par le regard des gens, j'ai appris à vivre pour moi et personne d'autre et ça m'a rendu plus riche que n'importe qui. 

Au final, je pense que si avant je sentais autant le regard des gens c'est parce que au fond de moi je ne devais pas assumer pleinement celle que j'étais, je ne devais pas accepter cette différence qu'est la mienne. Car à présent tout à changé, je ne sens plus ce regard ou du moins je le sens plus bienveillant à mon égard. Aujourd'hui, même des inconnus me parlent dans le bus, je sens que les choses évoluent parce que moi aussi j'ai évolué. Quand il m'arrive une galère de la vie quotidienne comme une voiture garée sur un trottoir (la situation la plus répétitive) je ne me mets plus en colère, soit je prends le risque de rouler sur la route, sois je roule en raflant la voiture quand j'ai de la place, ou dans le dernier recours j'appelle la police quand la situation est trop dangereuse pour moi. Je veux dire par là que j'ai arrêté de me rebeller contre la terre entière, je suis handicapée et alors ? Il y a des jours plus difficiles que d'autres et c'est ainsi. 

La colère, la haine, la peur et toutes ces choses négatives ne nous font pas  évoluer en tout cas pas pour moi. J'ai arrêté d'en vouloir à l'autre parce que je suis différente de lui. La différence c'est beau et c'est atypique, mon handicap est une partie de moi, mais mon handicap n'est pas la totalité de mon identité, je suis une personne en situation d'handicap, certes mais je suis une personne, une femme avant toute chose. Je suis humaine avant tout comme vous. L'handicap c'est dans la tête qui vous condamne quand vous vous sentez handicapé dans votre tête. J'ai été ce genre de personne, mais aujourd'hui ce n'est plus le cas. Car j'ai appris au fil du temps qu'il est important de s'aimer soi-même avant d'aimer les autres. Il faut aussi prendre soin de soi avant d'aider quelqu'un d'autre. Et c'est en faisant de sa différence une force que celle-ci finit par disparaître. 

Sachez que vous pouvez devenir votre propre ennemi ou votre meilleur ami, cela dépend de ce que vous faites de votre cœur ou de votre âme...


Je vous embrasse fort et j'ai hâte d'avoir vos retours par rapport à cet article. Que pensez-vous de la différence ?

Anaïs

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